CERU

Par Olivier Vial

Le 11 octobre 2023 à 5h51

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Par Olivier Vial, Directeur du CERU, le labo d’idées universitaire

Tribune parue le 10 octobre dans Figaro Vox

La terrible attaque terroriste qui a frappé Israël agit comme un puissant révélateur de l’emprise qu’exercent l’islamogauchisme et l’antisémitisme sur une partie de la gauche française, notamment au sein de nos universités. Aveuglés par leur idéologie, leur haine et leurs petits calculs politiciens, Jean-Luc Mélenchon et les parlementaires de La France Insoumise ont osé renvoyer dos à dos victimes et bourreaux ; et cela, alors même que les terroristes du Hamas ont lâchement attaqué des civils israéliens, bombardant et mitraillant de jeunes gens qui dansaient lors d’une Rave Party, en obligeant d’autres à sortir de leur maison pour les fusiller sur le pas de leur porte, kidnappant des jeunes filles et des personnes âgées… Le dernier bilan fait état de plus de 700 morts, de milliers de blessés et de 160 d’otages[1]. L’horreur terroriste à grande échelle ! 

Pire que le relativisme abject de ces députés de la NUPES, une grande partie de la gauche universitaire est allée jusqu’à prendre le parti des auteurs de ces massacres. Sur X (anciennement twitter), la secrétaire générale de la Fédération Syndicale Étudiante – FSE a ainsi appelé à « être solidaire de la lutte armée du peuple palestinien ». Ce mouvement, loin d’être marginal, est l’une des composantes de la deuxième organisation étudiante nationale, l’Union étudiante. Celle-ci dispose de représentants dans presque toutes les universités et les instances ministérielles. 

Quant aux militants du Poing Levé, après s’être mobilisés sur les campus pour la libération du terroriste Georges Ibrahim Abdallah et contre l’interdiction des abayas, ils font désormais front commun avec le Hamas. « À bas l’impérialisme français, fidèle allié d’Israël et soutien à la résistance palestinienne ! », écrit, par exemple, l’une des responsables du Poing levé. Ces prises de positions extrêmement radicales finissent par influencer une partie des étudiants. À l’Université Paris 8-Saint Denis, par exemple, cette organisation est devenue majoritaire et a remporté 47 % des suffrages lors des dernières élections étudiantes. Elle est désormais implantée dans 14 universités et de nombreux lycées. Affiliée au mouvement trotskyste, Révolution permanente[2], elle bénéficie du soutien de certains universitaires et chercheurs, comme Frédéric Lordon (économiste et directeur de recherche au CNRS), devenu, depuis 2016 et le mouvement Nuit debout, l’une des figures les plus écoutées des activistes.

Les mouvements antifas ne sont pas en reste. De La Jeune Garde au collectif Action Antifasciste Paris-Banlieue, tous ont épousé avec enthousiasme la cause des agresseurs d’Israël au nom de la lutte contre les « colonisateurs ». Certains[3] appellent même à des rassemblements de soutien « aux combattants » palestiniens. 

Face à cette poussée islamogauchiste, l’administration de nombreuses universités a longtemps préféré détourner le regard, coincée entre le « pas de vaguisme » et, pour certaines, une forme de complaisance. Deux jours avant l’attaque contre Israël, Solidaires étudiants organisait, par exemple, une conférence à l’université Lyon 2 sur le thème « Colonisation et apartheid israélien, quel avenir pour les Palestiniens ? » avec comme invitée vedette Maryam Abu Daqqa, l’une des représentantes du Front populaire de libération de la Palestine, une organisation classée terroriste et soupçonnée d’être impliquée dans l’attentat de la rue Copernic. Plusieurs organisations, dont l’UNI, ont exigé l’annulation de cette conférence. L’université s’est contentée de demander que cette personne ne soit ni à la tribune ni inscrite dans le programme. Cela ne l’a pas empêchée de prendre la parole depuis la salle. Cet épisode est emblématique des petites lâchetés et « accommodements » que les instances universitaires acceptent pour composer avec un courant idéologique de plus en plus influent en leur sein.

Les trotskistes de la IV° internationale à la manœuvre

La relation entre la gauche radicale et l’islamisme est ancienne. Dès 1920, à Bakou, l’Internationale communiste réunissait des représentants des peuples d’Orient pour établir une stratégie commune. Le Sultan Galiev, membre de la hiérarchie communiste centrale, avait alors remporté un véritable succès en déclarant qu’on accéderait « à la société communiste en terre d’Islam par la révolution nationale et le djihad »[4]. En 1979, les trotskystes de l’OCI ont également apporté leur soutien au régime des mollahs en Iran ; une passerelle était créée. Elle s’institutionnalisera en 2004, avec la création du Parti du respect en Angleterre, un mouvement composé d’un côté des trotskystes du Social Workers Party – SWP et de l’autre de proches du MAB, Muslim Association of Britain, une association proche des Frères musulmans. C’est le point de départ d’une nouvelle stratégie qui va également se développer en France, notamment grâce aux membres de la TSI (tendance socialiste internationale). Ces derniers forment alors un groupe appelé « Socialisme par en bas », dont l’une des principales figures sera Daniele Obono la future députée LFI, qui va tenter de s’inspirer du modèle anglais. En 2010, les membres du NPA vont ainsi se rapprocher d’Houria Bouteldja et soutenir la création du Parti des Indigènes de la République – le PIR. 

Mais, c’est surtout dans les universités que cette alliance va se développer. La gauche altermondialiste, proche du NPA, qui, à cette époque, tient le haut du pavé va se rapprocher de Tariq Ramadan et de ses fidèles dans les universités. Ce dernier fut même l’invité vedette du Forum Social européen de Londres (2004). Cette alliance entre islamiste et « gauchistes » ne s’est pas développée que dans la sphère militante, elle a également donné naissance à des concepts. En 2003, l’émergence de la notion d’islamophobie a ainsi été facilitée par la collaboration entre des universitaires, tels que Vincent Geisser du CNRS, et des groupes militants qui ont multiplié les conférences pour imposer ce terme dans le débat public et en faire une arme de dissuasion massive vis-à-vis de leurs contradicteurs. 

Une contagion au nom de l’intersectionnalité

Les études décoloniales ont ensuite pris le relais pour forger des concepts destinés à l’arsenal des militants. Ainsi, le « racisme systémique », le « privilège blanc » furent utilisés par les activistes pour dénoncer l’État, la Police et nourrir le ressentiment des minorités contre nos sociétés dans l’espoir de les inciter à se soulever. Vieil espoir trotskiste. Dans nombre de communiqués de soutien aux attaques menées par le Hamas, on retrouve les thématiques de ce courant de pensée : la lutte contre le néocolonialisme, la dénonciation du postcolonialisme occidental…

Au nom de l’intersectionnalité, tous les combats semblent désormais pouvoir être mobilisés pour défendre l’agression d’Israël. Fatima Ouassak, fondatrice du Front des mères et proche du mouvement écologiste Alternatiba, vient ainsi de tweeter : « L’écologie ne peut être que palestinienne. Si elle vise réellement à combattre la spoliation de la terre et de l’eau […] Soutien aux soulèvements de la terre palestinienne ». Elle ajoute dans un autre message : « Pendant la guerre anti coloniale en Algérie, Simone de Beauvoir ou Sartre ont pris position (sans trembler) pour la résistance algérienne, contre la France. Dans la guerre qui oppose colons et colonisés, il faut soutenir (sans trembler) le camp des colonisés ». La virulence de ces propos est calculée. La militante essaie depuis plusieurs années d’implanter l’écologie radicale dans les quartiers et dans la jeunesse. Pour cela, elle peut compter sur le soutien de nombreuses institutions. En mars dernier, elle fut ainsi l’invitée de l’université de Strasbourg et de la ville de Grenoble dans le cadre du mois décolonial. En septembre, c’est Sciences Po Rennes qui lui a offert une nouvelle tribune, quant à la marie de Paris, elle a prévu de la mettre à l’honneur en décembre prochain à l’occasion d’une rencontre sur l’écoféminisme. 

Fin septembre, un sondage de l’IFOP réalisé pour l’Union des étudiants juifs de France établissait que 9 étudiants sur 10 avaient été victimes d’actes antisémites durant leurs études. 7 % déclarent avoir même été physiquement agressés. Si nous ne voulons pas que ce type d’actes se banalise et que le conflit du Proche-Orient s’exporte davantage sur nos campus, des mesures doivent être immédiatement prises pour stopper la montée de l’islamogauchisme dans les universités (suppression des aides financières et des mises à disposition de locaux pour les associations de cette mouvance, arrêt des subventions aux colloques qui prônent ces théories…). 

Espérons que l’actuelle ministre de l’Enseignement supérieur se saisisse, cette fois-ci, véritablement du sujet. Avant elle, Frédérique Vidal avait fait semblant en février 2021 de lancer une enquête sur le sujet prétendant ensuite que tout était réglé et que « l’islamogauchisme et la censure étaient des problèmes du passé et la liberté d’opinion avait été restaurée à l’université »[5]. Pourtant, Le Monde a récemment révélé que cette enquête n’avait, en réalité, jamais été menée. Il est plus facile de ne rien voir, quand on fait tout pour ne pas chercher ! Mais, aujourd’hui, la politique de l’autruche n’est plus possible. La pénétration de l’islamogauchisme dans les universités et au sein de la gauche intersectionnelle vient de nous sauter aux yeux. 


[1] Ce bilan est malheureusement encore provisoire. Il a été arrêté le 9 octobre au matin. 

[2] Ce mouvement a publié un article juste après les attaques du 7 octobre avec pour titre : « Offensive surprise contre l’État colonialiste d’Israël, soutien à la résistance palestinienne ».

[3] Groupe antifa lyonnais. 

[4] Pierre Broué, Histoire de l’Internationale communiste (1919-1943), Éditions Fayard, coll. « Histoire », 1997, 1120 p.

[5] Dans une interview sur France Info, le 15 octobre 2021.

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