La violence politique légitimée par des universitaires au nom de l’écologie !

Article publié dans l’Action Universitaire – automne 2021

Intrusions dans des propriétés privées, dégradations, sabotages, incendies criminels, agressions physiques… Depuis quelques années, une frange de la mouvance écologiste française se détourne des «  happenings  » et autres formes de mobilisations non violentes qui les avaient fait connaître. Les rebelles d’Extinction Rebellion sont priés de ranger leurs chorales et chorégraphies bigarrées, les militants végans de laisser aux vestiaires leurs déguisements de veaux, vaches, cochons … Le temps est désormais à l’action directe, la violence n’est plus un tabou.

Le philosophe de la gauche radicale, Geoffroy de Lagasnery, pose dans son livre « En finir avec l’impuissance politique » les bases de cette nouvelle ère de la radicalité militante. Citant le philosophe allemand Günter Anders, il affirme que la seule possibilité pour accomplir une action efficace est « le recours à la violence – c’est-à-dire le fait de menacer physiquement ceux qui nous menacent. Agir politiquement ne doit consister ni à faire la fête, ni à nous mettre en danger, ni à nous faire souffrir nous-mêmes. Agir veut dire : faire souffrir celles et ceux qui nous font souffrir ».

Les mouvements de libération animale à la pointe de l’action violente

Cette thèse n’est pas restée l’objet de discussions éthérées entre philosophes. Elle inspire de nouvelles générations d’activistes prêts à en découdre. Ce sont dans les mouvements de libération animale que cette idée s’est d’abord développée. Dès 1990, le directeur du FBI, John Lewis qui s’intéressait en particulier aux actions menées par le mouvement Animal Front Liberation – AFL estimait que la menace que faisait peser les écoterroristes et autres mouvements antispécistes sur la sécurité américaine était la deuxième source d’inquiétude pour ses services, juste derrière le terrorisme islamique.

Cette menace a depuis traversé l’Atlantique. En 2018, plusieurs dizaines de boucheries ont été attaquées, un boucher a même été agressé à Paris en plein marché, devant ses clients. Des slogans outranciers ont fleuri sur les murs : « Bouchers = assassins », « élevage = holocauste ». Cette surenchère lexicale associée à des images toujours plus dures constitue un puissant désinhibiteur pour pousser les personnes les plus fragiles à mener des actions violentes. En septembre 2018, le politologue Eddy Fougier, sur LCI, soulignait que « les végans, très souvent, s’abreuvent d’images violentes. J’ai le sentiment que notamment chez ceux qui sont les plus fragiles psychologiquement, il peut y avoir un passage à l’acte ».

En septembre 2018, le mouvement L 269 Life a mené une série de raids contre des abattoirs en France. Dans une note qu’ils avaient adressée à leurs membres, ils écrivaient que désormais, il fallait placer « la conscience morale au-dessus de la loi officielle ».

Dans les jours qui ont suivi, un incendie criminel a détruit partiellement un abattoir employant 80 personnes dans l’Ain, un autre fut incendié dans l’Orne, tout comme une partie du Zoo de Peaugres en Ardèche.

Comme pour d’autres phénomènes de radicalisation, les réseaux sociaux jouent un rôle dans l’endoctrinement. Surtout quand des youtubeurs, comme Gary Yourovsky, un influenceur, longtemps financé par l’organisation PETA, enflamme la plateforme avec ses diatribes antispécistes : « Au fond de moi, j’espère sincèrement que l’oppression, la torture et le meurtre se retournent dix fois contre les hommes qui s’en moquent ! Je souhaite que des pères de famille tirent accidentellement sur leurs fils à l’occasion de partie de chasse, pendant que les carnivores succombent lentement à des crises cardiaques. Que chaque femme emmitouflée dans la fourrure doive endurer un viol si vicieux qu’elle en soit marquée à vie ». Sic !

Malheureusement, ce genre de propos n’est jamais anodin. Ils finissent par toucher des personnes fragiles et légitimer les pires dérives. Ce fut le cas, en avril 2018, quand Nasim Najafi Aghdam, une youtubeuse végan a attaqué à main armée le siège social de YouTube, à San Bruno en Californie. Après avoir blessé trois personnes, elle s’est donné la mort sur place. Elle reprochait à Youtube de censurer ses vidéos sur le véganisme.

La violence légitimée

Mais le recours à la violence peut également être beaucoup plus réfléchi et utilisé de façon stratégique. C’est la thèse d’Andréas Malm, un universitaire suédois, qui se définit comme lénino-écologiste. En quelques années, il a réussi à s’imposer comme une figure de la scène radicale. Son livre « Comment saboter un pipeline ? » est devenu le vade-mecum de toute une génération d’activistes lassés de faire signer des pétitions. Il ouvre son livre sur ce qu’il appelle l’énigme de Lancaster, du nom de cet écrivain britannique John Lancaster qui écrivait « il est étrange et frappant que les militants pour le climat n’aient pas commis d’actes de terrorisme. Après tout, le terrorisme est de loin la forme d’action politique individuelle la plus efficace du monde moderne et le changement climatique est un sujet qui tient au coeur des gens tout autant que, mettons, les droits des animaux. C’est d’autant plus remarquable quand on pense à la facilité avec laquelle on peut faire sauter des stations-service ou vandaliser des SUV. Dans les villes, les SUV sont exécrés par tous ceux qui ne les conduisent pas ; et dans une ville de la taille de Londres, il suffirait de quelques dizaines de personnes pour rendre tout bonnement impossible la possession de ces véhicules en rayant systématiquement leurs flancs avec des clefs, ce qui coûterait chaque fois plusieurs milliers de livres à leur propriétaire ».

Ces quelques lignes ont notamment inspiré en France les membres du réseau « la Ronce » qui à Grenoble et Bordeaux ont pendant des semaines dégonflé les pneus de SUV garés dans les rues de leurs villes. D’autres mouvements s’en sont pris aux antennes relais et ont saboté les réseaux 5G.

En parfait tacticien, Andreas Malm imagine une répartition des rôles entre les mouvements écologistes institutionnels qui discutent et négocient avec les politiques et les décideurs économiques et ceux qu’il désigne comme le flanc radical. Reprenant les écrits de Haines, il parle de la nécessité « d’une division du travail où les radicaux et les modérés jouent des rôles très différents ». Les premiers portent la crise jusqu’à un point de rupture tandis que les seconds y proposent une issue. « Les futurs militants radicaux doivent donc s’attendre à être condamnés par les militants traditionnels et même l’espérer, sans quoi rien ne les en distinguerait et leur influence serait perdue ».

S’il défend le recours à la violence, il pointe la nécessité d’en mesurer le degré d’acceptabilité. En 2020, il estimait qu’« à l’heure où j’écris ces lignes (…) ce serait une catastrophe pour le mouvement si l’une de ces composantes décidait de recourir au terrorisme ». Loin de rejeter cette éventualité par principe, il jugeait simplement qu’il était encore trop tôt. Il ajoutait que « le niveau de réceptivité, d’acceptation de la violence évolue avec le temps et avec la montée de la prise de conscience des dangers environnementaux ». Dans un entretien au magazine Ballast en juin 2021, il déclarait : « Soyons clairs : je n’affirme pas qu’il faille utiliser la violence à l’encontre d’individus. Porter atteinte à l’intégrité d’un individu est par principe immoral. Pour s’en prendre à une personne — le PDG de Total, par exemple —, il faut fournir la justification que ses actes, dans certaines conditions géographiques ou historiques, entraînent des conséquences immédiates, tangibles et véritablement dangereuses pour un grand nombre d’individus ». Cela ressemble plus à une justification sous condition qu’à une réelle condamnation.

C’est d’ailleurs comme cela que semblent le comprendre certains de ses lecteurs. Le 23 septembre dernier, le magazine Society, donnait la parole à Bastien, un activiste qui désormais affirme : « il faut reparler du terrorisme, un outil non négligeable. Je pourrais participer à l’assassinat d’un PDG. Je l’envisage sérieusement, si un plan se monte, j’en suis ».

Et pendant ce temps, Andréas Malm continue sa tournée médiatique… jusqu’à ce que le pire arrive.

Détrans, les Cassandre de la communauté Trans

Depuis une dizaine d’années, le nombre d’enfants et de jeunes adolescents qui ont entrepris un changement de sexe ou de genre a explosé. Dans les pays qui ont établi des recensements précis, les chiffres sont vertigineux : ils dépassent les 2000 %.

Quelles raisons expliquent cette augmentation ? Ces « transitions » améliorent-elles le mal-être ressenti par ces jeunes ? Diminuent-elles réellement les risques de suicide ? Quelles peuvent-être les conséquences des différents traitements ?

Certains finissent par regretter leur « transition », et s’engagent dans un processus difficile de « détransition ». À partir du témoignage et des expériences de certains de ces « détrans » et d’une synthèse des derniers articles scientifiques publiés sur ce sujet, cette note du CERU tente d’éclairer ces questions.

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Les éléments à retenir

Pourquoi le nombre de transitions explose chez les jeunes ?

Le développement des « dysphories de genre » peut s’expliquer en partie par un phénomène de contagion sociale et culturelle. Le rôle des médias, des pairs et des réseaux sociaux est souligné par plusieurs auteurs.

Le nombre de personnes « détrans » pourrait parallèlement augmenter

Avec des groupes vingt fois plus importants qu’il y a dix ans, la rapidité et la facilité accrues avec lesquelles certaines décisions sont prises, et la plus grande jeunesse des candidats, les personnes qui voudront revenir sur leur transition seront plus nombreuses.

L’engrenage de la « transition » précoce

Le processus de « transition précoce » agit comme un engrenage. Chaque étape entraîne la suivante. Sans ce suivi médical, « la dysphorie de genre », chez les jeunes enfants, finit par disparaître toute seule dans près de 80 % des cas. Ce qui n’est plus le cas quand le processus est engagé.

Le risque de suicide ne baisse pas

Après une transition complète, une importante étude suédoise montre que le mal-être des personnes trans ne diminue pas. Pire, le risque de suicides augmente légèrement la première année suivant la fin de la transition.

Un arbitrage sérieux entre les bénéfices et les risques doit nous amener à explorer d’autres pistes que cet engrenage irréversible de la transition hormonale et chirurgicale pour les enfants et les jeunes mineurs et à adopter rapidement un moratoire sur l’utilisation des «bloqueurs de puberté» dans le cadre d’une dysphorie de genre.


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Affaire Halimi, incohérences et conséquences d’une décision de justice

Affaire Sarah Halimi, le Pr. Morgane Daury-Fauveau nous proposera un éclairage juridique sur cette décision de justice.

Morgane Daury-Fauveau est présidente du CERU, le labo d’idées universitaire. Professeur de droit privé, Directrice de l’Institut d’Etudes Judiciaires d’Amiens, elle est spécialisée en droit pénal et procédure pénale.

Elle vient de publier une tribune pour le Figaro : « Les dangereuses incohérences de l’arrêt Halimi »

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«Ces universitaires qui prêchent la haine de la police»

FIGAROVOX/TRIBUNE – Alors que deux policiers ont perdu la vie dans l’exercice de leurs fonctions ces dernières semaines, Olivier Vial, président de l’UNI et Directeur du CERU, s’inquiète de la caution morale et scientifique qu’apportent certains universitaires à la haine contre les forces de l’ordre.

Tribune parue dans Le Figaro Vox, le 11 mai 2021

En 2016, Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider, deux policiers avaient été poignardés et égorgés par un islamiste, sous les yeux de leur enfant de 3 ans, chez eux à Magnanville. Moins de 5 ans après, le 23 avril 2021, Stéphanie Montfermé est assassinée en plein commissariat à Rambouillet. Comment expliquer qu’après chacun de ces drames, des messages «anti-police» fleurissent sur les murs de nos villes, de nos lycées et de nos universités sans jamais qu’aucune poursuite sérieuse ne soit engagée contre leurs auteurs. Bien conscients de cette impunité, certains ont profité de la manifestation parisienne du 1er mai, pour aller encore plus loin dans l’ignominie et taguer en plein jour cet appel aux meurtres : « ACAB, Magnanville partout» [1]!

Quelques jours plus tard, un autre policier, Éric Masson, est abattu en pleine rue à Avignon. Les attaques se multiplient. La violence se banalise. La haine anti-flic se répand. L’année dernière, 8.719 policiers et gendarmes ont été blessés en mission, 11 sont décédés d’après l’Office national de la délinquance. Pour le secrétaire général du Syndicat des commissaires de la Police nationale, David Le Bars, on «assiste à une désinhibition de cette haine» qui participe d’une véritable «œuvre de destruction de nos institutions.» Les militants d’extrême gauche ne sont, malheureusement, pas les seuls responsables. Ce travail de sape, cette fabrique de la rancœur et du ressentiment contre les forces de l’ordre n’aurait pas été aussi rapide sans la caution que lui a apportée une partie de l’université. Depuis des années, des universitaires s’emploient à donner un vernis «scientifique» à tout ce qui peut discréditer les forces de l’ordre. Les revues scientifiques, les amphis sont ainsi devenus les vecteurs de cette entreprise de démolition.

S’inscrivant dans la continuité des travaux de Michel Foucault, des enseignants-chercheurs défendent l’idée que l’objectif de la police n’est pas de protéger la société des criminels, «mais de désigner l’ennemi intérieur» et «d’entretenir les oppressions de classes, de race et de genre.»[2] Pour Elsa Dorlin, par exemple, professeur de philosophie à l’université Paris 8, «La police n’a pas tant pour vocation de maintenir l’ordre social en régulant la conflictualité, que de garantir la sécurité du Capital, c’est-à-dire de l’État, de l’Empire»[3]. Une police instrumentalisée, partiale, et bien sûr raciste… Voilà le tableau bien caricatural qu’ils tentent d’imposer. Pour cela, toutes les théories du moment (études de genres, décolonialisme, racialisme) sont mobilisées. Fabien Jobard, chercheur au CNRS, ou encore Éric Fassin, le très médiatique professeur de sociologie, martèlent que le «racisme est systémique» dans la police et que c’est lui qui guide les actions de ses membres.

Quant au philosophe Geoffroy de Lagasnerie, la nouvelle coqueluche de l’ultragauche et du comité «Justice pour Adama», il va jusqu’à prétendre que «la police ne sert pas d’abord à appliquer la loi, mais à éliminer des groupes sociaux», ajoutant même que «la police a aujourd’hui dans notre société, un rôle relatif à la sélection scolaire, c’est-à-dire qu’elle exfiltre un certain nombre d’individus, notamment noirs et arabes, du système scolaire pour les amener dans le système pénal et carcéral.»[4] Voilà de quoi renforcer le ressentiment victimaire d’une partie de la société.

Même le combat «féministe» vient nourrir l’accusation. Une douzaine d’universitaires, dont Françoise Vergès, Isabelle Stengers, Emilie Hache, Nacira Guenif, Paul B. Preciado, ont publié une pétition[5] pour dénoncer la répression d’État exercée par la police contre ceux qui luttent contre les «oppressions systémiques». Ils affirment avec toute la nuance dont ils savent faire preuve : «nous avons peur de la police. Parce que ses marges de manœuvre semblent sans limites, y compris celles de nous humilier, de nous violer, de nous tuer.»

Du haut de leurs chaires, ces universitaires prêchent plus qu’ils n’enseignent. Leurs titres universitaires sont des armes qu’ils utilisent pour légitimer leurs théories même les plus radicales et discréditer ceux qui les contestent. Ce matraquage finit par produire ses effets délétères. Ainsi, une enquête réalisée en novembre dernier par l’Ifop pour le magazine Marianne montre que désormais 60 % des 18-30 ans s’inquiètent de la montée des «violences policières». Ce pourcentage augmente avec le niveau d’études. Il n’est que de 55 % pour les jeunes sans diplômes et atteint 65 % pour les bac + 2. Quant au «racisme d’État», 41 % des jeunes souscrivent désormais à cette thèse contre 30 % pour l’ensemble des Français.

Derrière ce travail de «déconstruction» de la police, on retrouve l’objectif porté depuis des décennies par l’ultragauche visant à abolir la police. Ce n’est désormais plus un fantasme de militants. Comme le soulignent Joël Charbit, Gwenola Ricordeau et Shaïn Morisse, «des universitaires et des chercheurs défendent l’abolition de la police à travers des pétitions, mais aussi une importante production théorique.»[6] Ils suivent pour cela la stratégie popularisée depuis 2010 aux USA par le mouvement Black Lives Matter. Celle-ci se déploie en trois étapes : «Disempower, disarm, disband» (affaiblir, désarmer, dissoudre). Affaiblir, toutes les études visant à discréditer et à entretenir la défiance vis-à-vis des forces de l’ordre concourent à cela. Désarmer, c’est le travail d’influence et de pression exercé, avec succès, par les associations pour interdire certaines techniques d’interpellation ou certaines armes, comme les LBD. Dissoudre, c’est l’objectif final. Abolir la police pour rétablir «l’auto-défense». Une défense organisée au sein des communautés et débarrassée de la tutelle de l’État. Là encore, ce vieux rêve anarchiste est désormais revendiqué par une partie de nos universitaires.

Elsa Dorlin rappelle, par exemple, que «les groupes sociaux minoritaires, discriminés, dominés (…) ne peuvent tout simplement pas se tourner vers la police.» (…) «Leurs déclarations, appels et plaintes n’étant pas pris en compte. Ou bien, parce qu’ils seront instrumentalisés. De façon paradigmatique, le sexisme ou les violences faites aux femmes trouvent une écoute attentive dès lors qu’elles participent à la criminalisation des groupes racisés, renforçant par là le racisme systémique.»[7] Autrement dit, si les femmes ne veulent pas devenir les complices d’un racisme d’État, elles ne doivent pas en cas d’agression se tourner vers la police, mais organiser leur auto-défense. Chaque groupe, chaque minorité sont ainsi invités à trouver les moyens de «se défendre.»

Toutes ces théories sont, en réalité, de véritables bombes incendiaires, dont l’objectif assumé est de détruire, pardon, déconstruire nos institutions, au premier rang desquelles notre police. Difficile d’accepter qu’elles se développent grâce à l’argent des contribuables qui finance les recherches et les salaires de ces universitaires.


[1] ACAB – All Cops Are Bastards – Tous les flics sont des bâtards

[2] «Peut-on abolir la police ? La question fait débat aux États-Unis», article publié sur le site The Conversation, 14 juin 2020

[3] «Que faire de la police», Ballast, 2020/2 – n°10 pp 54-83

[4] Interview accordée au site regards.fr, le 2 avril 2019

[5] https://bourrasque-info.org/spip.php?article1940

[6] «Peut-on abolir la police ? La question fait débat aux États-Unis», article publié sur le site The Conversation, 14 juin 2020

[7] «Que faire de la police», Ballast, 2020/2 – n°10 pp 54-83

Les dangereuses incohérences de l’arrêt Halimi

Le 14 avril, la Cour de cassation a rejeté les pourvois formés contre l’arrêt de la chambre de l’instruction du 19 décembre 2020, rendu dans l’affaire Halimi, qui permet à un assassin d’échapper aux assises.

Kobili Traoré, 30 ans, sans emploi, au casier judiciaire garni d’une vingtaine de condamnations pour usage et trafic de stupéfiants, vol, violences, outrage et rébellion, a séquestré une famille, puis a pénétré par le balcon voisin chez Sarah Halimi, une dame de confession juive de 65 ans, l’a battue à coups de poings et de pieds pendant une heure avant de la précipiter dans le vide.
Consommateur de stupéfiants depuis son adolescence, dans des proportions massives puisque Traoré a reconnu fumer une quinzaine de joints par jour depuis une quinzaine d’années et jusqu’à la veille des faits semble-t-il, la question de sa responsabilité pénale a été posée.

La chambre de l’instruction avait considéré d’une part, qu’il existait des charges suffisantes contre le mis en examen d’avoir volontairement donné la mort à la victime avec la circonstance aggravante de mobile antisémite et d’autre part qu’il était pénalement irresponsable en raison « d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes au moment des faits », au sens de l’alinéa 1er de l’article 122-1 du code pénal.

La question de l’abolition du discernement est complexe.

Certes son appréciation relève du pouvoir souverain des juges du fond, il n’empêche que celle-ci est ici discutable. Pour preuve, la divergence sur ce point entre les expertises. Toutes s’accordent sur l’existence d’une bouffée délirante due à la consommation de stupéfiants ; la première n’en déduit qu’une altération du discernement, la seconde y voit un épisode aigu inaugural d’une psychose chronique, probablement schizophrénique et conclut à l’abolition du discernement et la troisième considère que le constat de bouffée délirante « oriente » vers une abolition du discernement.
A cet égard, il faut rappeler que le trouble psychique ou neuropsychique doit être en relation causale directe et exclusive avec les faits pour conclure à l’abolition, sinon, seule l’atténuation (qui n’exclut pas la responsabilité pénale) doit, le cas échéant, être envisagée.

Par exemple, le lien causal est direct et exclusif lorsque l’aliéné tue, parce qu’au cours d’une hallucination, il voit se dresser devant lui un ogre qui menace de le dévorer en lieu et place du facteur venu lui apporter son courrier. Il est non discernant, donc pénalement irresponsable. Mais un psychotique qui agresse une vieille dame pour lui arracher son porte-monnaie parce qu’il veut s’acheter des stupéfiants est discernant. Il a appréhendé la réalité et a agi en fonction de celle-ci : il a besoin d’argent pour s’acheter de la drogue, il choisit une personne âgée en incapacité de se défendre. Il est donc pénalement responsable.

Dans l’affaire Sarah Halimi, le caractère antisémite du crime ne fait aucun doute : le mis en examen a récité des sourates du Coran pendant qu’il frappait sa victime juive en criant « Allah akbar », « que Dieu me soit témoin », « tu vas payer ».

Dès lors, l’état psychique de Traoré n’explique pas, à lui seul, le passage à l’acte qui est également mû par l’antisémitisme. On aurait donc dû considérer qu’il est pénalement responsable.

Même si l’on retient l’existence d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli le discernement, la question se pose de savoir si la cause d’irresponsabilité ne doit pas être exclue lorsque cet état est dû à une faute antérieure de l’agent. Ainsi, l’agent qui s’est enivré ou drogué volontairement serait nécessairement considéré comme responsable : l’intoxication volontaire empêcherait de plaider la folie.
Ce n’est pas la position de la Cour de cassation dans cette affaire. Elle s’en explique en une ligne : « Les dispositions de l’article 122-1, alinéa 1er du code pénal, ne distinguent pas selon l’origine du trouble psychique ayant conduit à l’abolition du discernement ».

Outre que l’affirmation fera sourire les pénalistes qui pourraient faire état de multiples exemples dans lesquels la chambre criminelle s’est montrée plus souple dans l’application du principe d’interprétation stricte de la loi pénale, elle conduit surtout à des incohérences majeures.

En effet, d’une part, l’intoxication volontaire est réprimée, soit directement (délit d’usage de stupéfiants), soit indirectement (conduite en état d’ivresse ou sous l’empire de stupéfiants) et constitue une circonstance aggravante de certains crimes et délits, notamment des violences volontaires et des agressions sexuelles (mais pas de l’homicide volontaire pour une raison que l’on ne s’explique pas). Si Traoré avait été interrompu dans son acte, si la police était intervenue pendant qu’il rouait de coups sa victime avant de la défenestrer, il aurait probablement été condamné pour violences volontaires aggravées. A moins de considérer, ce qui serait parfaitement inaudible, que des violences volontaires commises sous l’empire d’un état délirant dû à la consommation d’alcool ou de stupéfiants ne sont pas punissables si le discernement est aboli, mais le demeurent, et même sous une qualification aggravée, si le discernement a seulement été altéré par les substances ingérées. En d’autres termes, il est de l’intérêt de celui qui s’intoxique volontairement de ne pas le faire modérément.
Parce que Traoré était complétement drogué et que l’homicide volontaire ne connaît pas la même circonstance aggravante que les violences volontaires, il échappe à la sanction pénale.

D’autre part, la déclaration d’irresponsabilité pénale dont Traoré bénéficie lui permet d’éviter un procès aux assises et la réclusion criminelle. Il restera donc à l’hôpital psychiatrique. Mais pour combien de temps ? Deux des expertises concluent à l’absence de maladie mentale de Traoré, seule susceptible de justifier un enfermement de longue durée. Lorsqu’il sera sevré, il sera nécessairement libéré. Sauf à faire preuve d’un optimisme béat, qui pourrait croire qu’il se tiendra tranquille et loin de ses démons passés ? Le risque de récidive n’est pas illusoire.

La chambre criminelle, toute à son orgueil de s’élever au-dessus de l’opinion publique révoltée, gardera-t-elle alors toute sa sérénité ?

Tribune parue dans le Figaro https://www.lefigaro.fr/vox/societe/affaire-sarah-halimi-le-risque-de-recidive-n-est-pas-illusoire-20210416

Coopérations européennes dans l’armement – la souveraineté de notre #défense nationale menacée.

Philippe Meunier, vice-Président de la région Auvergne-Rhône-Alpes en charge de la sécurité et des partenariats internationaux et contributeur du laboratoire d’idées universitaires le CERU, dénonce une politique d’abandon de l’indépendance nationale dans le domaine de la défense.

À peine nommée ministre de la Défense, Mme Goulard théorisait le 8 juin 2017 la politique d’abandon de l’indépendance nationale dans le domaine de la défense dont elle avait pourtant la charge : « Si nous voulons faire l’Europe de la défense, il va y avoir des restructurations à opérer, faire des choix de compatibilité et, à terme, des choix qui pourraient passer dans un premier temps pour aboutir à privilégier des consortiums dans lesquels les Français ne sont pas toujours leaders. »

LES ERREURS ALLEMANDES !

En faisant ainsi « don » de la souveraineté nationale, portée pourtant par les contribuables français des décennies durant, à la construction de l’Europe fédérale qu’elle appelle de ses vœux, la doctrine « Goulard-Macron », poursuivie par Mme Parly avec toujours autant de constance délétère à l’encontre de notre indépendance, légitimait ainsi officiellement la « liquidation » programmée de la souveraineté de notre industrie de l’armement (Eurodrone, SCAF, MGCS, MAWS…). Cette doctrine est une faute politique et morale, car contraire aux intérêts du peuple français en entraînant nos industriels dans une impasse impardonnable.

Impardonnable d’abord sur le plan de la doctrine ; la Bundeswehr est une armée « l’arme aux pieds » qui attend l’hypothétique menace russe. L’armée française est une armée qui combat l’islamisme au Proche-Orient et en Afrique, qui se prépare au choc en Méditerranée orientale et dans le Pacifique. Dans le domaine de l’armement terrestre : confier le programme de char de combat à une nation dont l’armée n’a jamais fait la guerre depuis 1945 est un non-sens que l’armée de terre française paiera, notamment ses soldats, si ce programme va à son terme. Dans le domaine aéronautique : confier les deux tiers d’un programme d’avion de combat à un pays qui n’a ni dissuasion, ni porte-avions, ni armée de l’air frappant dans la profondeur, trois missions essentielles à la France, relève pour le moins de l’abandon de poste pour ne pas dire plus.

Impardonnable ensuite dans le domaine capacitaire et industriel ; l’histoire des programmes de défense allemands est une longue liste de retards, de surcoûts et de sous-performances. En comparaison, la conduite de programmes menés par la DGA, confiés ensuite à des maîtres d’œuvre expérimentés, a abouti à un modèle d’armée complet dont tout le monde s’accorde à dire qu’il est le meilleur d’Europe par ses capacités, sa polyvalence et son autonomie.

La France a organisé son industrie de l’armement autour de maîtres d’œuvre de rang mondial pour garantir son autonomie stratégique. L’industrie allemande de l’armement est une courroie de transmission de l’option « tout OTAN », voulue et poussée par l’ensemble de sa classe politique, mêlant au gré de ses intérêts, syndicats, parlementaires et comités d’entreprise pour marginaliser ou déstabiliser les positions françaises pourtant supérieures en tout point en la matière. C’est un fait.

Négligeant ainsi tous les fondamentaux de la conduite d’un programme d’armement, les zélateurs de cette coopération européenne dévoyée commettent toutes les erreurs possibles pour mener ces projets à l’abîme :

– aucune convergence des objectifs diplomatiques et des doctrines permettant de conduire des programmes opérationnels,

– absence de maître d’œuvre expérimenté faute d’acteur en capacité,

– irruption incontrôlée d’acteurs tiers arrogants, alors que le char français Leclerc a montré par exemple sa supériorité en comparaison du Léopard allemand, sans parler des capacités réduites de l’Eurofighter Typhoon comparées à celles du Rafale,

– pas de budgets sanctuarisés, faute d’accord politique au sein de la classe politique allemande, y compris au sein même de la coalition au pouvoir. La France a une loi de programmation militaire assurant le financement sur le long terme de ses programmes, l’Allemagne fait planer le risque d’un dédit en raison du pouvoir de blocage du Bundestag sur les budgets de défense à chaque appel de fonds.

UN PILIER FRANÇAIS

Contrairement à la France qui a fait de l’exportation d’armement un pilier de sa diplomatie et de la pérennité de son industrie d’armement, l’Allemagne la restreint sans cesse et laisse planer un doute quant à la mise en œuvre de ces accords bilatéraux, potentiellement en opposition avec nos partenariats stratégiques. Tout cela conduit et conduira à une perte de souveraineté et de compétitivité de la France dans ce domaine industriel, pourtant un des rares qu’il nous reste, suite à la désindustrialisation qui frappe la France depuis les années quatre-vingt-dix. La voie empruntée par le gouvernement français, à la demande d’un président de la République aveuglé par son dogmatisme idéologique dont le seul but politique est l’Europe fédérale, affaiblit ainsi jour après jour notre souveraineté.

De la part des concurrents de la France, on peut comprendre leur volonté de s’approprier notre technologie que nous maîtrisons dans tous les domaines (aérien, terrestre, naval), leur capacité de maître d’œuvre étant réduite voire inexistante ; mais de la part du Président de la France et de son gouvernement, l’obstination dans la conduite d’une telle politique est gravissime.

Ce constat est largement partagé par la communauté industrielle et militaire française et par quelques-uns d’entre nous, élus opposés dès le début à cet abaissement et affaissement de la France qui a commencé avec « la loi Macron » de 2015 (fusion de Nexter avec KMW). Aujourd’hui, l’ensemble des Français opposés à cette liquidation de notre patrimoine industriel doit se mobiliser pour faire cesser cette aventure avant qu’elle ne se termine en un désastre.

Après de fausses noces qui s’avèrent être une mésalliance complète, il est urgent de replacer l’action de la France au cœur de la nécessaire sauvegarde de notre souveraineté. Pour ce faire, il s’agit de revenir aux fondamentaux en passant des accords d’État à État, sans d’ailleurs forcément limiter notre champ d’action aux seuls pays membres de l’UE.

La solution nationale s’impose et doit s’imposer une nouvelle fois et pour les mêmes raisons que le général de Gaulle avançait aux stagiaires de l’École de Guerre le 3 novembre 1959 : « Il faut que la défense de la France soit française. C’est une nécessité qui n’a pas toujours été très familière au cours de ces dernières années. Je le sais. Il est indispensable qu’elle le redevienne. Un pays comme la France, s’il lui arrive de faire la guerre, il faut que ce soit sa guerre. Il faut que son effort soit son effort. S’il en était autrement, notre pays serait en contradiction avec tout ce qu’il est depuis ses origines, avec son rôle, avec l’estime qu’il a de lui-même, avec son âme. »

La France doit préserver en national ses capacités qui font sa spécificité et assurent son rang mondial : la dissuasion, le combat terrestre de haute intensité, la supériorité aérienne et le respect de sa présence en mer. Elle en a les moyens. Il s’agit tout simplement d’en avoir la volonté.

Toute autre voie « obligeant » nos entreprises de l’armement à « brader » ce capital industriel, qui est avant tout celui des Français, relève tout simplement de la trahison à l’encontre des intérêts de la France.

Tribune publiée le 1er avril 2021 sur le site de Marianne

Greta a tué Einstein | Web rencontre autour de Jean-Paul Ouryn

Le CERU, le labo d’idées universitaire est heureux de vous inviter à participer à cette nouvelle web rencontre autour de Jean-Paul Oury, docteur en histoire des sciences et technologies, consultant et auteur de l’essai : Greta a tué Einstein, la science sacrifiée sur l’autel de l’écologisme.

Inscription obligatoire ➡️ https://app.livestorm.co/p/9e1bf9e1-2122-41eb-8e6d-ce45b141b740

Les liquidateurs, Ils ont bradé notre souveraineté économique

Le CERU, le labo d’idées universitaire est heureux de vous inviter à participer à une nouvelle web-rencontre autour d’Olivier Marleix, député d’Eure-et-Loir et auteur du livre « les liquidateurs » dans lequel il fait un bilan sans concession des années « En Marche ».

Nous échangerons sur les façons de reconquérir notre souveraineté industrielle et économique.